Principe du bricolage : une introduction détaillée

Un chiffre brut : 73% des entreprises françaises admettent recourir régulièrement à des pratiques officieuses pour résoudre des urgences RH. Loin d’être marginal, ce jeu d’équilibriste entre règlements et débrouillardise redessine les contours de la gestion humaine, souvent dans l’ombre des procédures affichées.

Dans cette zone grise, les responsables RH alternent entre le manuel d’utilisation et l’improvisation. Les solutions bricolées, façonnées sous la contrainte, deviennent la règle silencieuse. À la frontière des méthodes classiques et des réponses improvisées, chaque organisation forge ses propres mécanismes d’ajustement, taillés sur mesure pour l’imprévisible.

Pourquoi le bricolage s’impose dans la gestion des ressources humaines

Face aux secousses de l’activité ou aux imprévus, le bricolage s’invite dans la gestion des ressources humaines comme un véritable réflexe d’adaptation. Claude Lévi-Strauss avait déjà posé les bases de cette capacité à faire avec ce que l’on a : assembler, transformer, recomposer à partir de l’existant. Ce qu’il nomme la pensée sauvage s’écarte des schémas figés et se nourrit au contraire d’inventivité, sans promettre de solution universelle.

Concrètement, c’est le quotidien des équipes RH : il faut composer avec les attentes, jongler avec les moyens du bord, réagir au quart de tour face aux urgences. Les apports de Lévi-Strauss, bien ancrés dans les sciences humaines et sociales, invitent à passer du modèle théorique à l’ajustement constant, dans une logique très terrain.

Dans la vie des organisations, cet esprit du bricolage transparaît dans plusieurs situations typiques :

  • Concevoir en interne des outils développés très rapidement pour répondre à un besoin immédiat
  • Emprunter à diverses procédures et en assembler les éléments pour gérer un contexte inédit
  • Adapter les règles pour cadrer au plus près des réalités et complexités de chaque cas

Déployer le bricolage en RH, c’est s’autoriser à bousculer les process classiques, à croiser les ressources humaines et techniques, à innover jusque dans l’utilisation d’outils institutionnels. Née des réflexions de Lévi-Strauss dans les années soixante, cette façon d’agir ouvre tout un terrain d’expérimentation et d’agilité. Entre pressions réglementaires, profils multiples et changements constants, la malléabilité du bricolage RH s’impose, et devient progressivement une réponse naturelle aux mutations de l’entreprise actuelle.

En quoi consiste concrètement le bricolage RH ?

Pratiquer le bricolage RH, c’est accepter de créer à partir de ce qui est là, ici et maintenant. Par exemple, détourner un ancien tableau de suivi pour cartographier en urgence les compétences, transformer un espace commun en zone d’intégration ou imaginer de nouvelles façons de partager l’information interne. Quand la contrainte surgit, on mise sur l’écoute et l’expérience collective pour produire des solutions inédites, adaptées à la réalité, loin des modèles figés.

Ce mouvement ne s’appuie pas sur des recettes “clé en main ». Il se nourrit de micro-ajustements et d’essais, d’inventions immédiates, voire de bidouilles sophistiquées. L’enjeu : répondre sans attendre à des défis précis, tout en gardant une cohérence de fond, ce qui n’exclut ni réactivité ni discernement.

Dans l’esprit du bricolage RH, voici plusieurs pratiques rencontrées fréquemment :

  • Composer une solution spécifique à partir de ressources diverses
  • Opter ponctuellement pour une méthode alternative qui remplace une procédure jugée trop contraignante
  • Lancer rapidement des outils “maison” construits pour un usage éphémère mais décisif

L’agilité devient alors un choix assumé : on façonne la réponse au fil des imprévus, on bouscule la routine, on stimule l’expérimentation. Peu à peu, le bricolage s’élève au rang de moteur d’efficacité et d’intelligence collective dans les équipes RH. Plus qu’un pis-aller, c’est une manière d’ancrer l’innovation dans la pratique de tous les jours.

Jeune femme fixe une étagère dans son salon moderne

Explorer les leviers pour intégrer le bricolage dans vos pratiques professionnelles

Mettre le bricolage au service de la gestion RH relève d’une posture assumée. Il s’agit d’identifier l’intérêt de recombiner l’existant, de croiser des approches inspirées de différents univers pour produire des solutions neuves. Lévi-Strauss le rappelait : là où l’ingénieur n’avance qu’avec son plan, le bricoleur sait ajuster, recomposer, détourner les objets et pratiques dont il dispose. En entreprise, cette attitude consiste à bouleverser les routines, explorer d’autres usages, et déceler l’utilité cachée de ressources qu’on jugeait secondaires.

L’adoption de cette logique repose sur une première étape : repérer, dans les méthodes en place, des interstices à exploiter. Rassembler les collaborateurs autour d’un diagnostic commun, écouter ce qui vient du terrain, cultiver l’initiative individuelle autant que collective, c’est sur cette base que le bricolage prend corps durablement.

Voici trois leviers concrets pour installer cet état d’esprit dans les équipes :

  • Favoriser la coopération transversale, qui stimule les échanges d’idées et permet de réagir plus vite
  • Expérimenter avec des prototypes en mode “test”, ajustables après coup
  • Redonner sens et utilité à des outils encore sous-exploités ou à des pratiques éprouvées

À mesure qu’on cesse d’appliquer des solutions standard, l’évolution des pratiques devient une démarche stratégique. Loin d’une simple réparation de fortune, le bricolage porte l’innovation et redéfinit ce qu’on pensait acquis. Face à l’obstacle, il met en lumière des ressources jusque-là oubliées, brouillant la frontière entre limitation et opportunité. La gestion humaine s’en trouve métamorphosée ; la monotonie, elle, ne résiste pas à cette énergie renouvelée.

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